Il est faux de séparer les processus cognitifs qui président à l’ accession au savoir, des processus relationnels, qui ouvrent à la communication avec autrui. (1)
J’ ai eu récemment l’ occasion d’ utiliser conjointement et avec succès, en classe et en guidance individuelle lors d’ une expé;rience de remédiation à l’échec scolaire, deux approches pédagogiques différentes, la Gestion Mentale sur le plan des méthodes de travail, l’ analyse transactionnelle sur le plan relationnel. La complémentarité de ces deux approches ma séduite et c’ est avec plaisir que je vous livre quelques réflexions à ce propos. Toutefois, il me faut exprimer un regret : il sera évidemment impossible dans le cadre de cet article, d’exposer, pour les lecteurs qui ne le connaîtraient pas, le contenu de l’ Analyse Transactionnelle. Tout au plus pourrons-nous effleurer deux des douze concepts de base.

1. Brève esquisse de l’ analyse transactionnelle à partir de deux concepts de base.

Due à Eric Berne, psychiatre canadien mort en 1970, cette approche de la personne dérive à la fois de la psychanalyse, de la psychologie génétique et du courant de pensée existentialiste. A visée essentiellement clinique au départ, (elle s’ inscrit dans le cadre des thérapies expérimentales), cette méthode axée sur les processus de communication étudiés à partir de notions psychologiques spécifiques, véhicule des concepts qui apparurent rapidement transférables à l’ enseignement, la guidance et l’ entreprise.
L’ un d’ eux : la Transaction désigne une unité à de communication verbale ou non verbale, entre deux ou plusieurs personnes. Toute communication met en interaction, chez les intervenants, une ou plusieurs structures psychiques internes appelées : « Etats du Moi »(E M.). Ceux-ci sont définis comme un ensemble cohérent de pensées et de sentiments directement associés à un ensemble correspondant de comportements observables. Ils sont au nombre de trois chez tous les individus, qu’ il s’ agisse d’ enfants, d’ adolescents ou d’ adultes, et peuvent être présentés, très superficiellement, de la façon suivante :
  • l’Etat du Moi « Parent » détermine les normes et les valeurs.
  • l’Etat du Moi « Adulte » gère et analyse les informations.
  • l’Etat du Moi « Enfant » est le siège des émotions, des besoins et des sentiments.
    Ces deux notions, Etats du Moi et Transactions à peine ébauchées ici, constituent à mes yeux le deux axes de l’ Analyse Transactionnelle. Leur connaissance approfondie ainsi que celle du « contrat », sur laquelle nous aurons l’ occasion de revenir, est fondamentale pour aborder la pratique de cette méthode, tout comme, pour moi, la maîtrise des notions d’ évocation et de projet est préalable à toute étude sérieuse de la Gestion Mentale.

2. Analyse Transactionnelle et Gestion Mentale deux approches complémentaires de la personne.

2.1 – Du point de vue des concepts.
La connaissance de nombreux concepts tels que le contrat, les positions de vie, le triangle dramatique et les jeux psychologiques, les signes de reconnaissance, la permission, la protection et la puissance, enfin et surtout, les Etats du Moi liés aux différentes formes de transactions, sont d’ une grande utilité pour l’ enseignant, le formateur, ou la personne en situation d’ apprentissage. Ils permettent, à l’ un comme à l’ autre, de lever plus efficacement les obstacles à la progression ou à la motivation, et donc à la réussite. Il nous est malheureusement impossible ici d’ en analyser toute la portée. En ce qui concerne particulièrement les Etats du Moi, signalons simplement que la Gestion Mentale, en tant que méthode analysant les processus d’ apprentissage, s’ adresse avant tout à l’ état du Moi Adulte (gestion et analyse) qu’ elle permet de développer. Toutefois quand elle rencontre des questions de motivation, elle ne peut faire abstraction ni de l’ état du Moi Parent (valeurs) ni de l’ état du Moi Enfant (besoins et émotions) : tous deux sont à la source de l’ apprentissage et du projet et peuvent constituer aussi bien des freins que de précieux adjuvants.
Plusieurs aspects de la motivation traités par Antoine de la Garanderie dans le livre qu ‘il a consacré à ce sujet, font l’ objet d’ un examen en Analyse Transactionnelle et certains des obstacles qu’ il cite peuvent être levés grâce à des outils spécifiques comme le contrat, le triangle dramatique, quelques jeux psychologiques, le tableau des méconnaissances mis au point par Ken MELLOR. Le recours à ces notions permet de rendre à la personne la responsabilité de son apprentissage et libère donc sa motivation à apprendre. Nous y reviendrons brièvement au cours de cet article.
2.2 Du point de vue de l’ éthique.
Les deux démarches se fondent sur un même postulat : l’ être humain a en lui des potentialités qu’ il peut actualiser grâce à la connaissance des moyens adéquats, il est perfectible par ce qu ‘il est capable de penser. Il est donc possible de l’ aider à trouver la voie d’ un plus grand épanouissement personnel en lui faisant prendre conscience de ses possibilités et des moyens dont il dispose pour progresser. La responsabilité de son développement lui revient entièrement, le rôle de son guide sera de mettre à sa disposition les outils (c’ est-à-dire le contenu des deux méthodes) et de lui en expliquer l’ utilisation, à lui ensuite d’ en faire le meilleur usage. Analyse Transactionnelle et Gestion Mentale font confiance à l’ homme.
2.3 Du point de vue de la méthode.
L’ utilisation systématique de l’ introspection et le recours aux évocations sont mis en oeuvre dans les deux approches, bien que ces notions n’ aient pas fait l’ objet d’ une étude détaillée en Analyse Transactionnelle. Découvrir les techniques qui conviennent à chacun pour progresser sur le plan mental et sur le plan psychologique, les rendre conscientes et donc utilisables et développer le projet constituent le fondement des deux méthodes. En guidance comme en classe, la pratique du dialogue pédagogique exige que l’ enseignant ou le conseiller fonde son analyse sur les domaines où l’ élève s’ est montré particulièrement performant pour lui permettre de transposer les moyens utilisés ou d’ en découvrir d’ autres. Cette préoccupation rejoint celle qui veille à ne pas amputer la personne de comportements qui lui sont propres mais à l’ aider à mieux les intégrer, à les transformer en les améliorant ou à en découvrir d’ autres plus appropriés aux situations qu’ elle doit gérer. L’AnalyseTransactionnelle ajoute à la notion de « projet » celle de « contrat », fondement de la méthode. Il s’ agit spécifiquement d’un engagement bilatéral et explicite en vue d’ une action déterminée. Il est possible de passer avec l’élève ou la classe de véritables contrat de réussite, de projet ou encore des contrats appelés coopératifs, voire institutionnels quand il s’ agit de plusieurs classes ou de l’ établissement scolaire dans son ensemble.
Il s’ agit notamment de définir avec précision les objectifs à atteindre (Parent), les moyens à mettre en oeuvre et les étapes à parcourir (Adulte) ainsi que les besoins (Enfant) de chaque partie. Le souci majeur est de responsabiliser, de veiller à ce que ce ne soit pas l’ enseignant qui assume la majeure partie du travail mais que celui-ci soit réparti équitablement et explicitement, ce qui permet à la personne en apprentissage de développer son autonomie dans un climat de sécurité.
2.4. Du point de vue de la motivation.
Sur ce sujet de préoccupation, particulièrement aigu et anxiogène actuellement, reprenons simplement ceci. D’ après Antoine de la Garanderie, la motivation est le point de rencontre entre ce qui appartient à l’ individu et ce qui appartient à son environnement culturel et social. C’ est le résultat d’ une synergie interne et les conduites d’ apprentissage sont propres à amener du plaisir pourvu que l’ esprit ne soit pas préoccupé à maintenir sa sécurité matérielle et affective. Parallèlement, l’ enseignant tant soit peu versè en A. T., sait que « apprendre » est une activité naturelle et facile si elle répond aux besoins de l’ « E. M. Enfant » d’ une personne, si ce qui est appris facilite l’ intégration dans un groupe social déterminé (valeurs données par « l’ E. M Parent ») et si « l’ E M. Adulte » de la personne peut s’ informer et mesurer les avantages futurs comparés aux efforts à fournir. A l’ inverse, la motivation à apprendre sera absente si l’ un des Etats du Moi est exclu. Elle sera remplacée par une résistance à apprendre si l’ un des Etat du Moi est opposé à ce que veulent les deux autres. Il apparaît donc que l’ apprentissage réussi passe par le fonctionnement harmonieux des trois Etat du Moi : Adulte pour mémoriser les processus mis en oeuvre, Parent et Enfant pour assurer une bonne gestion du normatif et de l’ affectif. (2) A mes yeux, un tel apprentissage mené grâce à la Gestion Mentale et à l’ Analyse Transactionnelle, se fait dans le plaisir et est sous-tendu par le désir. Il débouche inéluctablement sur l’ autonomie de la personne.
Pour conclure sur la complémentarité de ces deux approches, je laisserai la parole à Antoine de la Garanderie et à Claude Raimond, spécialiste de l’ application de l’ Analyse Transactionnelle à l’ enseignement. L’ apport de la Gestion mentale qui porte sur l’ identification des processus mentaux utilisés et sur les propositions que l’ on peut en tirer pour le choix de ceux qui seront efficaces, oblige à se retenir de taxer d’ inintelligence les élèves que des circonstances, tout à fait contingentes, ont éloignés d’ en pouvoir faire l’ emploi. Il suffit de les renseigner pour s’ apercevoir qu’ ils sont intelligents tout comme d’ autres. Enseigner les moyens d’ utiliser son intelligence, c’ est oeuvrer pour la vérité, la justice et la liberté.(3) Trop d’ enfants s’ ennuient à l’ école, quand ils ne sont pas profondément atteints dans leur dignité d’ ètres humains, par des échecs répétés et des jugements sans appel concernant leurs aptitudes et leur avenir. L’ analyse transactionnelle propose un langage simple pour décrire les processus de communication sous leurs diverses formes. Bien appliquée, elle fournit des outils simples pour intervenir souplement, autant sur les dysfonctionnements de la communication que sur la problèmatique individuelle d’ une personne qui souffre.(4)
Elle implique une éclarification des valeurs portées par chaque enseignant et une explication de ces valeurs aux enseignés. Elle implique un partage du savoir psychologique détenu. Elle implique des procédures de négociation, des objectifs, des méthodes et des techniques d’ évaluation liées à un apprentissage donné. Elle exige en somme que les enseignés soient directement concernés et actifs dans leur démarche de formation puisqu’ ils en sont, en définitive, les seuls maîtres.

  1. Antoine de La Garanderie, La motivation , p. 100.
  2. Antoine de La Garanderie et Cl. Raimond, Analyse transactionnelle et éducation , p. 33-34.
  3. Antoine de La Garanderie, Pour une pédagogie de l’ intelligence , p. 179.
  4. Cl. Raimond, Grandir , p. 15 et 19.
  5. Cl. Raimond, Analyse Transactionnelle et Education , p.10.
Claire Maeck-Desmedt, formatrice en gestion mentale