Ecrire…. L ‘inconnu lui avait demandé d’ écrire. De quelle planète pouvait-il bien venir?
Ecrire? Vraiment pourquoi voulait-il lui faire faire ce travail qui consiste à répandre des tortillons et à; noircir une page propre? Au CP, il s’ en souvenait à peine, il avait appris à écrire. Mais cela ne lui avait pas servi souvent. En effet, autrefois, à l’ école, on écrivait peu. Les professeurs distribuaient des tonnes de photocopies, et il fallait, exercice sans intérê, remplir avec perspicacité des blancs échelonnés, d’ une main malhabile. On écrivait si rarement que le manque d’ entraînement rendait la tâche énervante de lenteur. Peu à peu le règne de la photocopie s’ était étendu : les supports étaient devenus beaux, clairs, on pouvait aussi les réaliser en couleur. Chaque année, les cahiers se gonflaient des photocopies collées. D’ ailleurs on achetait des cahiers très grands, spécialement conçus pour recevoir les photocopies. A la fin de l’ année, le cartable s’ alourdissait car les cahiers avaient doublé de volume! Les professeurs avaient vraiment énormément travaillé. Je crois qu’ on dépensait beaucoup d’ argent, de temps et d’ énergie pour faire ces photocopies.
Mais cela avait quand même un avantage : cela nous évitait d’ apprendre à écrire.
Nous, on était tranquille : presque rien à faire! Comme les élèves avaient adoré et approuvé ce progrès! Ils n’ avaient plus rien d’ important à faire et leurs rèves pouvaient divaguer à leur guise. De plus on n’ apprenait peu les leçons : les photocopies étaient souvent d’ un vocabulaire plutôt abstrait, rébarbatif. Bref c’ était tellement décourageant que nous ne les relisions que vaguement.
Plus tard, j’ ai entendu dire que trois personnes sur quatre ne mémorisent que leur propre écriture! Mais comme on n’ écrivait plus, cela ne nous concernait pas.
La « génération photocopie » ne sait pas écrire! Enseignants, parents, regardez les cahiers de vos enfants, de vos élèves. Si toutes les pages sont des photocopies collées, votre enfant, vos élèves sont en danger d’ illettrisme! Je considère de tels cahiers comme prédictifs des difficultés. J’ ai aussi constaté avec bonheur des améliorations chez les élèves dès que cette pratique à outrance diminuait. N’ oublions pas qu ‘aux 8% de jeunes adultes français illettrés, s’ ajoutent 12% de jeunes incapables de comprendre un texte simple d’ une douzaine de lignes du genre « fait divers ». Voilà ce que nous apprend Bentolila dans son ouvrage « de l’ illettrisme en général et de l’ école en particulier ». Soit au total 20 % de jeunes en grande difficulté pour trouver du travail en raison de ce handicap majeur. Car lire et écrire s’apprennent en parallèle.
La photocopie doit demeurer un outil d’ appoint : ce n’ est pas une mêthode pédagogique. Est-ce si sorcier que cela de copier la leçon de grammaire, d’ histoire ou la poésie écrite au tableau?
Le photocopieur est un outil génial qui rend de nombreux services. Cependant à long terme, une utilisation abusive des photocopies présente des effets pervers dont on mesurera trop tard la gravité. Soyons vigilants!
Martine Clavreul, formatrice en gestion mentale